Madeleine est malade. Depuis des semaines, elle cumule des difficultés : son compagnon l'a quittée, son petit chat est malade, sa machine à laver est tombée en panne,... Une amie lui suggère de consulter un guérisseur en lui affirmant qu'on lui a jeté un sort. Après différentes manipulations et plusieurs rencontres avec celui-ci qui s'achèvent par des dons au tarif particulièrement élevé, elle se sent mieux et déclare que le mal s'est évaporé. La visite du guérisseur serait-elle efficace ?
Se rendre malade par peur de quelque chose ou de quelqu'un, c'est possible. Les spécialistes des effets de la suggestion sur la santé constatent que l'effet "nocebo" pourrait expliquer les symptômes ressentis par des personnes envoûtées. Une personne qui est persuadée qu'elle est victime d'un sort vit dans une angoisse permanente qui peut, à son tour, déclencher des troubles du système digestif, des maladies de la peau, augmenter le risque de maladies cardio-vasculaires ou d'infarctus.
Dans ce cas, l'intervention du guérisseur est simple. Le consommateur au bout du rouleau vient en consultation à un moment de sa vie où il est particulièrement fragilisé et où le guérisseur apparaît comme l'ultime solution. D'autant que lors des consultations, il va affirmer au consommateur, après enquête, qu'il a découvert la source de sa souffrance et qu'il est bien envoûté. Ce verdict rassure le consommateur car il justifie tous ses échecs en une seule cause de surcroît extérieure à ce dernier. Le consommateur déresponsabilisé sera ainsi plus enclin à accepter les propositions du guérisseur, porter des amulettes censées détourner le mauvais sort et améliorer l'état de santé du consommateur. Il ne reste plus au guérisseur que de suggérer au consommateur de pratiquer le rituel nécessaire à la disparition du sort. Et souvent, le consommateur se trouvera satisfait, le mal se sera évaporé comme le contenu du portefeuille.
Les consommateurs aiment souvent qu'on leur raconte des histoires, certains guérisseurs s'en sont fait une spécialité.